L'Amour au bureau

Un magazine berlinois a demandé à chaque grand pays européen d'adresser une liste d'expressions courantes pittoresques concernant l'amour au bureau. Voici ce qui leur a été adressé pour la France. Les commentaires ont évidemment été traduits en allemand à parution.

Le patron (ou le client) n’est pas sympathique ; c’est «une vraie porte de prison». Pourtant, il a invité sa secrétaire à «prendre le thé (ou à aller au restaurant)… et plus si affinités» (le «plus» peut se traduire par : visite à l’hôtel !). On dit aussi «organiser un 5 à 7» (mis pour rendez-vous galant de cinq à sept heures) pour «s’envoyer en l’air» (évidemment sexuellement parlant !)
Si la secrétaire admet les affinités elle va sûrement bénéficier «d’une promotion canapé» (elle va monter en grade!) Maintenant, si c’est «une enfant de Marie», elle ne voudra même pas accepter le thé. Et les autres secrétaires, de vraies «langues de vipère» vont «jaser» (= parler un peu méchamment) dans tous les cas.
Autrement, le patron (ou le client) peut toujours exiger «un droit de cuissage» (droit seigneurial qui autorisait le seigneur à coucher avec une jeune mariée avant la nuit de noces).
Si la secrétaire a «la cuisse légère», ou bien si «elle a le feu aux fesses» (vulgaire), le patron (ou le client) pourra l’emmener à l’hôtel sans problème.
Et là, elle sera sûrement «dans les petits papiers» du type en question qui «l’aura à la bonne» (qui la trouvera sympathique…).
Maintenant, la secrétaire n’ira tout de même pas jusqu’à «faire son cul boutique» (vendre ses charmes, se prostituer, expression typiquement antillaise) ; non, car dans ce cas, ce serait «une grue» (une prostituée) En espérant qu’au restaurant, ils ne «lèveront pas trop le coude» (ils ne boiront pas trop d’alcool) avec un quelconque «tord-boyau» (alcool de bas de gamme). Sinon, le conducteur risque «d’appuyer sur le champignon» (= l’accélérateur, donc, conduire trop vite) et d’aller «à toute zibure» (à toute allure). Et si vous entendez dire «elle suce», il n’est pas question de fellation mais d’une voiture qui consomme beaucoup trop d’essence.
Les affaires se traitent parfois «au pifomètre» (du mot pif = nez), c’est-à-dire, un peu au hasard, subjectivement. Il y en a qui préfèrent «marcher au radar» (même sens). Et dans ce cas, l’homme d’affaires «marche sur des œufs» (précautionneusement).
En affaires, le «système D» (D. mis pour démerde ou débrouille) ou «à la va comme je te pousse» est souvent de rigueur. Pour celui qui abuse du pifomètre ou bien va "de cuite en cuite" (ivresse) on dit «il est un peu à l’ouest» ou bien il «pédale dans la semoule» (ou dans la choucroute).
Si la cliente est un peu trop âgée pour être draguée, on dit «elle a pas mal d’heures de vol !» ou encore «elle a bien roulé sa bosse !», ce qui peut aussi être employé dans un sens admiratif, c’est-à-dire : elle est expérimentée. Maintenant si elle est vraiment hors d’usage, en retraite, on peut dire «elle est rangée des voitures» ce qui s’emploie aussi pour les bandits repentis.
Si la cliente est vraiment très très grosse, on dira que l’homme d’affaires a «dragué une baleine», sûrement «laide comme un pou». Dans ce cas, il va «se payer sa tête» (se moquer d’elle) et rire «à gorge déployée» (ce qui n’a aucun sens érotique !) Si l’affaire paraît mal partie, on peut «laisser flotter les rubans» (attendre et voir) ; si elle est dangereuse, on doit «prendre ses jambes à son cou» (partir en courant). Ne pas confondre avec «prendre son pied» qui est un synonyme de «s’envoyer en l’air».
Le vendeur efficace aura sûrement «les dents qui traînent par terre» (il aura beaucoup d’ambition, prêt à dévorer tout le monde) ; mais il pourra craindre l’échec, avec «le trouillomètre à zéro» (grande peur : dérivé de «trouille» = peur) Si le patron «mène ses troupes à la baguette» (est très autoritaire), ses affaires peuvent être «réglées comme du papier à musique» (très organisées; automatiques).